Une philosophie de l’antisémitisme est-elle possible ? Par Isabelle de Mecquenem

Isabelle de Mecquenem, agrégée de philosophie, référente racisme et antisémitisme de l’Université de Reims Champagne Ardenne, membre du Conseil des sages de la laïcité du ministère de l’éducation nationale, co-directrice du Réseau de Recherche sur le Racisme et l’Antisémitisme, co-directrice de la collection « Questions sensibles » chez Hermann, auteur de l’ouvrage Laïcité et valeurs de la République-100 clés pour comprendre les notions essentielles, Studyrama, 2018. A co-dirigé avec Annick Duraffour, Philippe Gumplowicz, Grégoire Kauffmann et Paul Zawadzki, La modernité disputée. Mélanges offerts à Pierre-André Taguieff, CNRS Éditions, 2020

C’est moins un étonnement que suscite l’appariement de philosophie et d’antisémitisme qu’un malaise, une répugnance, voire une sidération. Comme si nous n’étions plus soudain sur le terrain exclusif de la connaissance et que nous mordions malgré nous sur celui de l’événement ; comme si le « capital raison », selon l’expression de Marcel Mauss désignant ainsi la « raison pure », la « raison pratique » et la « force du jugement » selon Kant, se trouvait d’abord démuni devant une forme de haine dont le grand paradoxe est d’être par excellence « abstraite ».
Deux poids lourds notionnels, certes, des mots retors aussi, d’autant plus frappants qu’ils peuvent rester vagues et équivoques, ainsi que les représentations qu’ils charrient, mais qui, en tout état de cause, semblent s’exclure à priori et se repousser radicalement. En soulignant qu’ils s’opposent avec autant d’acuité que l’idéalité pure confrontée à un monstre de l’Histoire, nous rappelons que l’antisémitisme sous l’angle de la philosophie ne relève de droit que d’un seul prédicat, celui donné par Jacques Maritain en 1937 : « impossible ».

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