Blog

}

Viewing post details...

Rencontre avec Marie-Cécile Naves, responsable des études – Think tank different et membre du Pôle Amérique – Le Cercle de la Licra – Jeudi 27 Novembre 2014

a

La victoire des Républicains au Congrès américain : quelles conséquences pour les droits de l’Homme aux Etats-Unis ?

a

Aux Etats-Unis, le 4 novembre dernier, les Républicains ont consolidé leur assise à la Chambre des représentants – avec 244 sièges sur 435 -, et remporté la majorité au Sénat pour la première fois depuis 2006 – 53 sièges sur 100. Cette victoire, qui se double de nombreux gains électoraux dans les législatures des Etats fédérés – 69 des 99 assemblées locales sont passées aux mains du Grand Old Party -, était annoncée par tous les sondages, dans un contexte difficile pour le Président Obama. En effet, les classes moyennes ne ressentent pas les effets d’une reprise économique pourtant bien réelle dans le pays – 3,5% en rythme annuel au troisième trimestre 2014 -, la défiance vis-à-vis des institutions et de l’administration est au moins aussi forte que chez nous, la menace terroriste au Moyen-Orient et le fantasme d’une épidémie d’Ebola sur le territoire américain participent grandement d’un climat d’insécurité, dont le « party of no », tel que les Démocrates surnomment les Républicains, a su tirer profit.

a

Les questions qui se posent quant aux choix de politique intérieure que prendra ce nouveau Congrès sont multiples. Quelles conséquences, en particulier, le succès des conservateurs va-t-il avoir sur les Droits de l’Homme aux Etats-Unis ? Il est probable, tout d’abord, que de nombre de mesures votées par le nouveau Congrès fédéral ne passeront pas le cap du véto présidentiel. Néanmoins, elles seront sur la table, les médias en parleront et cette visibilité nourrira leur popularisation.

a

Ainsi, en réponse aux récentes annonces de Barack Obama sur l’immigration – régularisation, sans accès immédiat à la naturalisation, de près de 5 millions de sans-papiers et, pour certains, accès légal au marché du travail -, une loi fédérale très restrictive en la matière pourrait bien voir le jour au Sénat et à la Chambre. Parmi les mesures possibles figureraient la reconduite à la frontière de dizaines de milliers de familles, l’obligation pour les employeurs de dénoncer les salariés sans-papiers, création d’une base de données nationale des illegals ou encore le refus de toute forme de regroupement familial. Beaucoup, chez les élus et les militants républicains, estiment en effet que les emplois sont « pris » par les immigrés, ce qui est faux : comme le répète à l’envi une grande partie du monde économique, les secteurs agricoles, du high-tech et des services à la personne manquent de main d’œuvre qualifiée et non qualifiée. Mais ce qui est également en cause, c’est la crainte de la criminalité des latinos, mais également la difficile acceptation du pluralisme culturel et religieux : à l’horizon 2050, les Hispaniques et les Asiatiques seront majoritaires au Etats-Unis et pour certains à droite, c’est inacceptable.

a

On peut également penser qu’au niveau des Etats fédérés, les mesures défavorables, voire discriminatoires vis-à-vis des minorités ethniques et « raciales » vont se multiplier. A l’instar par exemple de l’Arizona, où une législation très stricte a été adoptée en 2010, dont la mesure la plus problématique autorise le contrôle policier au faciès. Le jugement rendu à Ferguson, dans le Missouri, n’est pas de bon augure car il est interprété par la communauté afro-américaine comme un véritable permis de tuer accordé aux policiers « blancs ». Point de « tensions raciales » aux Etats-Unis, comme on a pu le lire : mais une tolérance pour la violence institutionnelle légale vis-à-vis des Noirs.

a

Les minorités ethniques et « raciales » sont par ailleurs malmenées en matière d’exercice du droit de vote : en juin 2013, la Cour suprême a accepté de supprimer la partie du Voting Right Act de 1965 qui impose un strict contrôle de Washington sur toute tentative de modification des règles d’accès aux urnes dans certains Etats, notamment ceux marqués par un passé ségrégationniste. Cette décision est dénoncée par les associations anti-racistes mais elle a, en novembre dernier, barré la route des bureaux de vote à des milliers d’électeurs : impression de bulletins uniquement en langue anglaise, exigence d’une carte d’identité (non obligatoire aux Etats-Unis et que beaucoup d’individus d’origine étrangère et/ou défavorisés ne possèdent pas), vérification des compétences en éducation civique, interdiction du vote anticipé, voire non-inscription de certaines personnes sur les listes électorales, etc.

a

Les inquiétudes sont également immenses pour les droits des femmes. Outre que de nombreux élus républicains, au premier rang desquels le nouveau leader du Sénat, Mitch McConnell, refusent de voter une loi garantissant l’égalité salariale hommes-femmes, beaucoup redoutent que l’accès à l’avortement ne soit de plus en plus réduit, ce qui pénalise, là encore, les catégories populaires. Depuis 4 ans, plus de 200 lois anti-IVG ont en effet été prises dans 30 Etats fédérés et cela devrait continuer. Espérant qu’un jour l’avortement soit déclaré inconstitutionnel, il s’agit pour les mouvements pro-life et leurs relais politiques de limiter les possibilités d’avorter, même en cas de viol, d’inceste, voire de mise en danger de la femme ou du fœtus.

a

L’une de ces lois est l’abaissement à 20 – au lieu de 24 jusque là – du nombre de semaines après lesquelles l’avortement devient illégal. Ce chiffre ne doit rien au hasard : c’est souvent après ce délai que sont découvertes des éventuelles malformations du fœtus. L’objectif des conservateurs est aussi de pousser le Sénat, au niveau fédéral, à voter une telle loi, déjà approuvée par la Chambre des Représentants. M. McConnell a en d’ailleurs a fait la promesse.

a

Ces quelques exemples, auxquels on pourrait ajouter le cas de l’islamophobie, qui grandit aux Etats-Unis depuis la décapitation de deux journalistes et d’un travailleur humanitaire américains par Daech et l’engagement militaire en Syrie et en Irak, incitent les défenseurs des droits de l’Homme à la plus grande vigilance face à cette Amérique conservatrice qui tient les rênes du Congrès pour deux ans, au moins, et jette les bases de son avenir présidentiel.

a

Par Marie-Cécile Naves

Comments

Comments are closed.

Open