L’antisémitisme « secondaire » ou « à cause » d’Auschwitz, Un phénomène spécifique à l’Allemagne ? – Par Bruno Quélennec, historien des idées

Bruno Quélennec est historien des idées, politiste et germaniste. En 2018, il a publié un ouvrage sur la philosophie politique de Leo Strauss, issu de sa thèse (Retour dans la caverne. Philosophie, politique et religion chez le jeune Leo Strauss, Paris, Hermann, coll. « Le Bel Aujourd’hui »). Financé par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, il travaille actuellement sur les théories critiques de l’antisémitisme.

Introduction

Premier résultat d’un travail de recherche en cours, cette note interroge le concept d’« antisémitisme secondaire »[1]. D’usage courant dans la recherche germanophone sur la judéophobie contemporaine[2], cette notion apparue au début des années 1960 vise à saisir un phénomène spécifique à l’après-guerre, à savoir le développement d’un antisémitisme « non pas malgré, mais à cause d’Auschwitz » (Broder 1986, 11).

[1]     Je remercie Emeline Fourment pour sa relecture et ses commentaires.

[2]     Dans ce texte, j’utilise les termes « antisémitisme » et « judéophobie » comme des synonymes. Certains chercheurs préfèrent cependant utiliser le second mot comme un concept générique et réserver le premier pour désigner la forme spécifiquement moderne de l’hostilité anti-juive, rattachée à un discours racialisant et pseudo-scientifique. Voir Taguieff 2015, 12.

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