Entretien avec Sami Biasoni, Doctorant en philosophie à l’École normale supérieure

Entretien avec Sami Biasoni, Doctorant en philosophie à l’École normale supérieure, membre de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, co auteur (avec A.-S. Nogaret) de l’essai « Français malgré eux ».

Nous entendons beaucoup parler de la race aujourd’hui, dans le contexte des revendications postcoloniales, décoloniales ou indigénistes. Pouvez-vous préciser ce dont il s’agit ?

On ne peut saisir les enjeux du retour de la race dans le débat public si l’on s’en tient à l’acception usuelle du terme, c’est-à-dire à son héritage issu d’une différentiation d’essence entre les individus. L’essentialisme biologique et historique d’un Gobineau appartient désormais largement au passé et face à la tentation classificatrice d’un tel racisme, nos sociétés ont pris le parti de Tocqueville : celui de « l’unité de l’espèce humaine ». Mieux, nous portons le noble projet collectif d’un universalisme qui, à ce qui sépare les hommes, substitue l’idéal de la recherche du commun. C’est ce projet qui a permis à l’Occident d’imposer l’idée des Droits de l’homme, qui a aussi permis la libération des peuples du joug de l’esclavage. Mais ce sont aussi les angles morts de ce projet que récusent aujourd’hui les tenants du racialisme : parce qu’il aurait échoué à atteindre l’égalitarisme strict de tous et en toutes choses l’universalisme est aujourd’hui considéré comme inique et de ce fait voué aux gémonies.

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