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Débat : bilan et perspectives des élections européennes

Un autre regard sur les résultats des élections européennes de 2014

Cette année politique aura été marquée de moments forts, en particulier avec les municipales et les européennes. Même si de nombreux diagnostics ont été avancés, les partis politiques et leurs dirigeants sont pourtant restés sourds face aux analyses des spécialistes, de la société civile et notamment des Think Tank. 2014 est-elle une année inattendue pour nos hommes et femmes politiques ? L’exemple de la Région Paca permet, pourtant, de comprendre que la stratégie de conquête du Front National ne date pas d’hier mais qu’elle est annoncée depuis les années 80.

La montée du FN n’est donc pas un phénomène nouveau. Depuis les années 80-90, quatre troubles ont permis – et permettent toujours – au FN de gagner du terrain.

Tout d’abord, ce parti s’engage très tôt sur la question du trouble démocratique avec comme slogan : « tous pourris ». Comment ne pas évoquer le système clientéliste de la région Paca des années 90 ? Depuis, les partis politiques ne cessent de privatiser les pouvoirs dans les mains de quelques personnes. Pourtant, à l’heure de la démocratisation des savoirs, du numérique et des réseaux sociaux, la politique peut-elle être encore privatisée? La société civile est présente et il semble qu’il y ait un besoin croissant de représentativité c’est-à-dire un renouvellement des élites à l’image de la société française.

Le deuxième trouble, celui de l’insécurité, a été inséré par le FN à travers une matrice lepéniste sophistiquée. Le FN a réussi à conceptualiser cette notion ce qui lui a permis de désigner, plus facilement, des boucs-émissaires. Il semblerait que les partis politiques « traditionnels » aient assez peu regardé le FN comme il était mais plutôt comme ils avaient envie de le voir. En jouant sur les peurs le FN est parvenu à irriguer l’opinion publique de ses idées qui sont dorénavant partagées au-delà de ceux qui votent pour lui. En outre, c’est le FN qui fait l’agenda médiatique et électoral et les autres partis sont contraints à faire de simples ajustements.

Le troisième trouble est d’ordre économique, mais le FN ne s’est approprié la question sociale que dans un second temps. Dans les années 80 le FN de Jean-Marie Le Pen est particulièrement sensible à l’idéologie néolibérale dominante, mais lors des élections présidentielles de 1995, il se rend compte qu’il faut adapter l’offre politique à un nouvel électorat. Un virage social s’opère. Ce parti va se transformer, c’est ce qu’on remarque aujourd’hui, avec la question européenne, puisque le FN de Marine Le Pen s’émancipe du FN de son père. La volonté de recréer de la sécurité économique permet à Marine Le Pen de lutter contre une Europe dite libérale et d’affirmer : « je veux détruire cette Union Européenne ». Ce discours va être dangereusement instrumentalisé puisque certains vont lire le FN comme ils le veulent et ne vont en retenir qu’un aspect, celui d’abattre l’UE qui met à mal la France. S’opère, dès lors, une convergence de certains intellectuels avec le FN afin de combattre cette Europe libérale et parfois même une confusion avec certains partis politiques de gauche qui, au nom d’un antilibéralisme, font le jeu des souverainistes du FN.

Enfin, le quatrième trouble, nous permet d’aborder le débat sous un angle nouveau puisque le vote FN n’est plus seulement économique, il est dorénavant lié aux questions culturelles et à l’ordre civilisationnel. Dans la rhétorique frontiste, c’est la figure de l’immigré qui pose problème. Les évènements se déroulant sur la scène nationale et internationale donnent raison à ce discours (tuerie du musée juif à Bruxelles, affaire Merah etc.) et il trouve écho dans la société ce qui crée, alors, un trouble civilisationnel. Mais que font les autres partis politiques face à cela ? Quelles réponses apportent-ils à la question culturelle ? Il est évident que nous vivons dans une société multiculturelle voire transculturelle alors pourquoi hommes et femmes politiques n’osent-ils pas évoquer ces questions ?

Pourtant, les outils sont là, depuis bien longtemps, pour proposer un projet de société véritablement alternatif à celui du FN. C’est désormais une éthique de responsabilité qui doit animer nos dirigeants politiques, sans quoi, le résultat des élections européennes pourrait être plus qu’un simple accident de parcours.

Par Virginie Martin, Présidente du Think Tank Different.

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